La tour FR3

Un emblême architectural ignoré des cartes postales

Si l’on consulte les cartes postales anciennes de Marseille, à partir du milieu des années 50, on remarque rapidement un détail frappant : la tour de télévision, (que l’on ne nommait pas encore la tour FR3) pourtant emblématique de la télévision régionale et à l’architecture audacieuse pour l’époque, y est quasiment absente. Inaugurée en 1954 et située à l’arrière du Parc Amable Chanot, cette tour a pourtant marqué le paysage urbain marseillais et l’histoire des médias locaux. Mais elle ne figure presque jamais sur les représentations visuelles destinées aux touristes ou aux collectionneurs, si ce n’est en toile de fond.

Une carte postale mult-vues de Marseille, avec la tour de télévision en toile de fond.
Une carte postale mult-vues de Marseille, datant de la fin des années 50. Certainement la seule qui ait été éditée avec la tour de télévision en vedette. On la doit à la Société des Editions de France, éditeur marseillais de cartes postales.

La tour FR3, située allée Ray Grassi dans le 8ème arrondissement de Marseille, est une construction emblématique de la télévision régionale française. Le bâtiment, dont elle fait partie intégrante, est inauguré en septembre 1954, à l’occasion de l’ouverture de la XXXème édition de la Foire de Marseille qui se tient à deux pas. L’objectif est clair : rapprocher la télévision des citoyens et valoriser les cultures locales, à une époque où la diffusion audiovisuelle était fortement centralisée à Paris. 

L'entrée des locaux de FR3 Marseille
L'entrée des locaux de FR3 Marseille, en 2026. On aperçoit en haut et à gauche, la base de la tour de télévision. (@2026 Calendau)

Le bâtiment est conçu pour répondre à plusieurs fonctions : abriter les studios de télévision, les bureaux administratifs, les régies techniques et les équipements de transmission.

Vide grenier au pied de la tour FR3
Un vide-organisé sur le boulevard Michelet, au pied de la tour FR3 décorée des logos bleus France 3. Juste en dessous, celui de la SAFIM avec son fameux logo en forme de cheminée de paquebot alors indissociable de la Foire de Marseille. (@2006 Calendau)

Mais c’est la tour, haute de 65 mètres, avec sa silhouette moderne, ponctuée d’antennes et de pylônes, qui suscite l’admiration. Elle deviendra rapidement un repère visuel dans un quartier en pleine mutation.

Les étages supérieurs de la tour FR3 de Marseille
Les étages supérieurs de la tour FR3 de Marseille, débarrassée des panneaux publicitaires qu'elle arborait jusqu'alors. On peux constater des dégradations visibles du béton armé, comme chez beaucoup de bâtiments construits à cette époque. (@2026 Calendau)

Construite en béton armé, avec des panneaux vitrés englobés dans la structure même, la tour possède un ascenseur pour accéder aux derniers étages. Ces derniers sont constitués d’une salle vitrée, d’une terrasse supérieure protégée par une coupole, elle-même surmontée d’un paratonnerre.

Comme nous l’avons dit en préambule, la tour de télévision n’aura guère eu les faveurs des éditeurs de cartes postales, malgré une architecture audacieuse pour l’époque. Deux raisons peuvent être avancées pour expliquer cette relative invisibilité.
D’abord, les cartes postales privilégiaient les monuments et lieux traditionnels et pittoresques : le Vieux-Port, la Basilique Notre-Dame de la Garde, la Canebière ou le Château d’If.
Ensuite, la fonction des locaux de la tour de télévision était essentiellement technique : studios, bureaux et équipements de diffusion pour la télévision régionale. Contrairement aux bâtiments religieux ou aux places publiques, elle n’était pas un lieu de promenade et surtout, ne se visitait pas. 

Carte postale Marseille, carrefour du monde, version colorisée
La même carte postale que précédemment, cette fois-ci, colorisée. Toujours éditée par la Société des Editions de France, avec des illustrations signées Ryner.

Cependant, à la faveur de ses 65 mètres de hauteur, la tour de télévision apparait sur certaines autres cartes postales dont elle n’était pas le sujet principal, en particulier sur les vues aériennes.

Une vue aérienne signée La Cigogne, datant des années 60. On aperçoit la tour de télévision à gauche, devant le palais des expositions du Parc Chanot, qui abrite chaque automne la foire de Marseille. On distingue au fond l’hyppodrome de Pont de Vivaux.

Signée Iris, une carte postale aérienne avec le stade vélodrome, première version mais dont la piste cyclable est désormais envahie par les avancées des tribunes latérales. Nous sommes dans les années 80. La tour FR3 est bien présente, et l’on distingue, à gauche, l’immeuble du Grand Pavois, construit en 1975 et qui sera resté longtemps le gratte-ciel le plus élevé de la ville. Au fond, un autre immeuble élevé, celui de la « Tour AGF », construite en 1970 et à peine moins haute que le Grand Pavois.

L’ensemble immobilier du Square Michelet, flambant neuf, est illustré par cette carte postale qui date de la fin des années 50. Au loin, et en médaillon, le sommet de la tour de télévision est bien visible, du haut de ses 65 mètres.

Sur cette carte postale signée Mireille, ne cherchez pas la tour de télévision, vous ne la trouverez pas. Cette photo date en effet du tout début des années 50 et ni les locaux de la radio-télévision régionale de l’allée Ray Grassi, ni les immeubles du Square Michelet, qui envahiront les champs situés en bas à droite ne sont encore sortis de terre. En bas, à gauche, les usines Renault en activité depuis le début des années 30.

Proximité oblige, les bâtiments de radio-télévision ne se trouvent qu’à quelques dizaines de mètres du stade, la tour FR3 a très longtemps été indissociable du « Vélodrome ». Apparue 17 ans après celui-ci, elle a rendu possibles des prises de vue extraordinaires sur l’enceinte sportive, que les éditeurs marseillais, dont Tardy ou la Société Editions de France, n’ont pas tardé à s’accaparer pour illustrer leurs cartes postales.

Pour une grande partie des habitués du stade (sauf pour ceux placés au « virage nord ») la tour de télévision a toujours fait partie du décors.

A l’orée des années 2010, Marseille décide enfin de se doter d’un véritable stade moderne, aux normes du football européen. Le vélodrome, désormais affublé du préfixe Orange, sera doté d’un toit qui protègera entièrement les gradins. Sa hauteur de 65 mètres par rapport à la pelouse, masquera désormais la tour FR3 aux spectateurs du stade. Et la tour, de son côté, ne jouira plus de cette vue panoramique sur l’enceinte sportive qu’aura parfois utilisée la télévision pour lancer ses retransmissions sportives, notamment lors du légendaire France-Portugal de 1984.

Raymond Grassi, en couverture du numéro 56 du magazine Ring, paru en septembre 1953.
Raymond Grassi, en couverture du numéro 56 du magazine Ring, paru en septembre 1953.

Raymond Grassi

Celui qui a donné son nom à la voie sur laquelle sont implantés les locaux de FR3 Provence et sa tour de télévision, était un boxeur né à Marseille le 5 mai 1930. Devenu champion de France dans la catégorie des poids plumes, Ray Grassi défend son titre pour la seconde fois le 6 décembre 1953 à la salle Vallier. Il a alors 23 ans. Saoulé de coups, il perd le combat par abandon au 9ème round et meurt deux jours plus tard à l’hôpital de la Timone. Inhumé au cimetière Saint Pierre, une statue grandeur nature y a été érigée en sa mémoire.